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Roman

Sa majesté des ombres de Ghislain Gilberti

Il y a des lectures où, quand vous refermez la dernière page, vous savez que vous n’oublierez jamais cette histoire. Vous savez qu’il y aura un avant et un après ce livre. Comme une nouvelle référence dans votre tête de lecteur. C’est typiquement le genre de livre qui va vous obnubiler pendant très longtemps. Vos amis vous entendront leur rabâcher des milliards de fois : « Non mais vraiment lis-le tu ne te rends pas compte à quel point ce bouquin est dingue ! ». Voilà, c’est exactement ce que je ressens en refermant Sa majesté des ombres. Je pourrais m’arrêtez là et juste vous dire « Pose pas de question va l’acheter ! » mais je vais quand même développer un peu.

4ème de couverture

Un cartel d’un nouveau genre, invisible et sans pitié. 
Une drogue d’une pureté inédite. 
Un réseau de dealers sous pression, déployé à travers l’Europe et coupé de la tête de l’organisation. 
Un signe commun aux membres du cartel : Ecce Lex, tatoué sur le poignet. Quand des dealers sont capturés, ils se révèlent incapables de livrer le moindre indice sur leur commanditaire… Quand leurs cadavres ne servent pas déjà de bornes kilométriques. 
Une légende de la police judiciaire aux dons de mentaliste, Cécile Sanchez, fait face à des tueries aux modes opératoires sans précédent. 
Est-il possible de mettre des ombres en cage ? Dans quel enfer devra-t-elle descendre pour faire face au mal absolu ? 
Bienvenue dans le Réseau Fantôme.

Entre Braquo et Breaking BadSa Majesté des Ombres ouvre magistralement la nouvelle épopée du thriller hexagonal.

Un polar dans les règles de l’art

Vous l’avez compris, ce roman nous entraîne au cœur d’une grande enquête visant à démanteler un immense empire de narcotrafiquants. Habiles, intelligents, organisés, sans pitié, ces business-men de la poudre blanche échappent à la police depuis des années. Si l’histoire se passe majoritairement dans l’Est de la France, leur « terrain de jeu » s’étend bien au-delà des frontières de l’hexagone.

Comme tout bon polar, les flics sont de la partie. Ici, vous apprendrez tous les rouages et tous les acronymes de la juridiction française. Tout est détaillé, cohérent et hyper réaliste sans jamais rendre le propos ennuyeux ou superflu. Il n’a pas de description pour de la description. Le maître mot du roman c’est l’action. Aucun temps mort en 700 pages ! Je ne sais pas vous, mais moi des thrillers aussi longs sans aucun creux dans l’histoire j’en ai rarement vu… Déjà, les 170 premières pages forment un prologue. Oui oui un prologue de presque 200 pages. Mais pas d’inquiétudes, dès le début l’action est au rendez-vous et pose les bases d’un rythme qui ne s’essoufflera jamais par la suite.

Ici, les chapitres sont découpés comme un journal de bord avec à chaque fois, la date, l’heure et le lieu de l’action. Ce découpage (que j’avais déjà adoré dans Le Manufacturier) est clairement addictif. Même très tard le soir il est dur de se résigner à fermer le livre. L’enquête de la police alterne parfaitement les moments d’investigation et l’action où ça tabasse sévère. Ghislain Gilberti sait créer une intrigue tellement prenante et addictive qu’ on n’a même pas le temps de faire des suppositions. On se laisse porter par une lecture cocaïnée à 250km/h sur l’autoroute de la dope.

La Torquemada

Cécile Sanchez est plus qu’une commissaire de Police. Elle travaille à Nanterre au sein de l’OCRPV : L’office central pour la répression des violences aux personnes. Dans ce service, sont gérées les enquêtes traitant notamment des crimes sériels, des enlèvements, des homicides, à un niveau national… Cette petite femme est surnommée la Torquemada dans le milieu en référence à un moine ayant sévit pendant l’Inquisition espagnole. Ses interrogatoires sont une référence, un mythe au sein de la police. Sans aucune pitié, avec une maîtrise parfaite de la psychologie et du langage du corps elle parvient toujours à trouver le talon d’Achille du suspect pour le faire craquer. Alors quand Cécile débarque au SRPJ de Starsbourg, les flics ripoux et carriéristes ne vont pas apprécier que l’enquête qui devait leur rapporter tous les honneurs soit mise entre les mains de cette femme. D’une femme tout court en fait…

Je vous préviens, pendant votre lecture viendront des moments où vous détesterez au moins autant les flics que les criminels. A certains passages, j’exultais de rage derrière mon bouquin avec une envie de fracasser des têtes. Mais en disant ça j’ai tout dit. Ghislain Gilberti sait une fois de plus provoquer chez le lecteur un attachement extrêmement fort aux personnages et à leur progression. Pas un seul personnage ne m’a laissé de marbre. Pourtant ils sont nombreux. Mais ils apportent chacun une touche particulière, un atout, un défaut, une défaillance, sans jamais tomber dans le stéréotype. Une tension se crée au fil de l’histoire et de l’attachement naît la peur. Nombre de fois j’étais ancrée dans ma lecture en ayant peur pour tel ou tel personnage. Quand on voit la violence du livre et de certains passages je peux vous assurer qu’on redoute la boucherie qui se prépare quelques chapitres plus loin. Comme c’est si bien résumé sur la 4ème de couverture, Sa majesté des ombres, est une véritable épopée.

Quelques fois, il n’y a que le mal pour combattre le Mal. Certaines atrocités sont indispensables à l’équilibre de cette société pourrie. Ce monde ne tient qu’à un fil.

En bref

Cette lecture est bien plus qu’un coup de cœur. Sa Majesté des ombres est une révélation, une référence dans l’univers du polar. Il y aura une comparaison inévitable avec tout ce que je lirai à partir de maintenant. Ce volume n’est que le premier tome d’une trilogie intitulée La trilogie des ombres. Je vous jure qu’après avoir lu la dernière ligne j’aurais tué pour avoir la suite maintenant. Mais il me faudra patienter encore un peu. La sortie du deuxième tome Les anges de Babylone est prévue en avril de cette année toujours aux éditions Ring.

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