Roman

Le festin du serpent de Ghislain Gilberti

Quand je n’ai pas envie de lire grand-chose, que je suis d’humeur littéraire un peu bougonne, je connais toujours la réponse à mes problèmes : Gilberti. Vous allez me dire : « oui mais ses romans ne sont pas inépuisables ». Certes, mais il m’en reste encore trois dans lequel je n’avais pas mis le nez : la première trilogie Sanchez.

Sans aucune crainte, j’ai foncé tête baissée dans Le festin du serpent et comme toujours avec Gilberti cette lecture m’a littéralement scotchée au canapé. Sortez les gilets en kevlar, ce bouquin c’est du lourd.

4ème de couverture

Cécile Sanchez a beau être jeune, sa réputation au sein de la police judiciaire n’a rien à envier aux plus grands. Ses talents de  » mentaliste  » lui permettent d’avoir toujours un coup d’avance sur les criminels qu’elle traque. Enfin, presque toujours. Sa nouvelle cible, un tueur qui éventre ses victimes, est difficile à analyser : trop barbare pour un simple criminel, trop rationnel pour un vulgaire psychopathe.

Ange-Marie Barthélemy est membre d’élite de l’antiterrorisme. Il pourchasse depuis des années un commando islamiste ultra violent semant la peur dans toute l’Europe. Ce groupe, An-Naziate – les anges arracheurs d’âmes –, échappe pour l’enquêteur à toute grille classique de lecture.

Deux affaires délicates et apparemment sans rapport qui vont pourtant s’entrecroiser. Et si chacun des deux enquêteurs possédait, sans le savoir, un morceau de la clef de cette énigme sanglante ?

Les « débuts » de la Torquemada

Je connaissais déjà Cécile Sanchez, alias « La Torquemada » puisqu’elle est présente dans la seconde trilogie de Gilberti : La trilogie des ombres. Mais quel bonheur de la retrouver des années plus tôt avec cette première trilogie. Égale à elle-même, Cécile est un personnage complètement fascinant : psychologue criminelle, mentaliste et commissaire de police à l’OCRVP (Office Centrale pour la Répression des Violences aux Personnes), elle multiplie les casquettes avec talent. Avec elle, chaque scène est un spectacle psychologique et émotionnel. Elle nous fait rentrer dans la tête du tueur et des victimes comme aucun autre personnage ne peut le faire. Dans ce roman, elle va encore devoir affronter le Mal incarné.

Le psychopathe du Festin du serpent, ce n’est pas un petit serial-killer gentillet et propret. Non, non lui il ne fait pas les choses à moitié. Il égorge ses victimes dans une baignoire, les vide de leur sang comme un animal qu’on ferait dégorger et leur arrache ensuite une partie des organes qu’il emporte avec lui. Bien sûr, il ne laisse aucune trace. Mais Cécile n’avait pas prévu que ce tueur hors norme serait le seul de ses soucis du moment…

Enquêtes croisées

Les enquêtes parallèles ce n’est pas rare dans l’univers du thriller. Ce qui l’est moins, c’est de suivre de front une enquête de meurtres en série et une enquête de terrorisme international. Ange-marie Barthélémy, L’Archange pour les intimes, est enquêteur à l’anti-terrorisme et traque depuis deux ans maintenant An-Naziate : un groupuscule islamiste radical qui multiplie les actions à travers l’Europe. Ces « anges qui arrachent les âmes« , comme l’indique leur nom, sont insalissables. Lorsqu’ils commettent un nouvel attentat dans un café parisien, Ange-Marie est prêt à tout pour les arrêter une fois pour toutes.

Les trames alternées, au niveau du rythme cela fonctionne toujours très bien. Avec des chapitres courts, ce bouquin est un vrai page-turner. Les deux enquêtes sont parfaitement équilibrées et au niveau de l’intérêt aucune de l’emporte sur l’autre. J’ai dévoré les pages comme une damnée, prise dans l’action et les rebondissements.

L’auteur a un sens de la description des scènes d’action qui m’étonnera toujours. J’ai vraiment l’impression d’y être. Je prends l’exemple d’une scène où le R.A.I.D doit intervenir. Avec Gilberti on connait avec précision la disposition des hommes, les armes utilisées, les étapes de l’opération. Et tout ça sans aucune description rébarbative. Juste de l’action pure mais avec un sens du détail qui nous plonge au cœur de la scène. La maîtrise du sujet est totale. Des différentes corps de la police et de la justice, en passant par la balistique ou encore la médecine légale, tout est maîtrisé au détail près. Le travail de recherche est juste considérable. Bref, pour moi, c’est du kiff à l’état pur.

Lorsque Torquemada se lance dans une traque, c’est que sa proie est bien réelle, qu’elle tient déjà sa piste et qu’elle entrevoit ses contours, aussi imprécis puissent-ils être au départ. Si la commissaire sans la présence d’un monstre, c’est qu’il est bien là, tout près, à roder dans les ténèbres.

En bref

Le festin du serpent est le premier roman de Ghislain Gilberti à avoir été publié par une maison d’édition. C’était chez Anne Carrière en 2013. Le moins que l’on puisse dire c’est que la maîtrise du récit et le talent étaient déjà là. « L’empreinte Gilberti » l’auteur l’a apposé dès le début. Une maîtrise de l’action et du détail qui vous enserre la gorge, vous visse le regard sur les lignes et vous empêche de refermer le bouquin. Pour moi lire un Gilberti c’est comme se prendre une bonne grosse dose d’adrénaline par procuration. Alors forcément on s’y accoutume et on en redemande. Vous risquez donc de voir très vite Le baptême des ténèbres et Le bal des ardentes sur le blog.

Si comme moi vous n’en pouvez plus d’attendre la sortie du troisième et dernier tome de La trilogie des ombres. Si comme moi, comme des idiots, vous n’aviez pas encore lu cette première trilogie de la commissaire Sanchez, vous savez ce qu’il vous reste à faire.